About

Ene Jakobi est une artiste plasticienne d'origine estonienne, diplômée de l'Académie de Beaux Arts d'Estonie en 2000 et spécialisée en scénographie. Elle a consacré une partie de sa carrière à l'animation 3D et 2D. Elle utilise des médiums tels que la peinture numérique ou encore le dessin sur papier. Elle expose en France et à l'international et a représenté en 2000, la ville de Tallinn dont elle est originaire à l'exposition universelle de Hanovre.

Inspirée par les nombreux croquis d'audience qu'elle réalise depuis 2010, la démarche plastique de l'artiste témoigne d'un récit à la fois visuel, poétique et introspectif. Bien que les œuvres d'Ene puissent laisser entrevoir un récit intime et autobiographique comme en témoigne sa série “Bad Weather”, les œuvres de l'artiste ont cette faculté à entretenir le mystère et à tenir le regardeur en haleine.

On peut ainsi percevoir dans son travail, une capacité à tisser des liens entre les images du monde et de l'esprit. Je donne l'exemple de la série “Electric Power” qui témoigne à la fois de la cohabitation des activités humaines avec des environnements naturels mais aussi de la présence d'un regard critique porté sur le monde: celui de l'artiste elle-même.

À travers une grande virtuosité et maîtrise des techniques et médiums empruntés (dessins, aquarelle…), Ene Jakobi révèle au monde ses sensations intérieures. Et pourtant, pourtant, au travers de ces dessins de paysages, d'édifices industriels et religieux, Ene s'attaque à nos icônes et à nos images les plus persistantes: nos représentations pénibles. Elle suspend ces images le temps d'un instant puis le titre s'exprime par lui-même : violence conjugale, Electric power, forteresse. Des titres qui témoignent d'une parole libératrice et d'un engagement profond. Celui de faire voir au-delà du visible pour toucher directement notre psyché.

Le travail d'Ene, c'est ainsi un récit de vie, le partage d'une expérience sensible et spirituelle. Il donne raison à l'archéologue sud-africain David Lewis Williams qui associe la naissance de l'art à celui de la conscience. L'œuvre de l'artiste est d'ailleurs habitée par cette conscience: une conscience humaine et artistique. Elle nous plonge dans ses longues promenades au fil des villes et villages de France que selon elle, “chacun doit visiter avant de mourir”. Les promenades d'une rêveuse solitaire qui a pourtant bien les pieds sur Terre. À la différence de Rousseau, Ene dit sans dire et immerge le spectateur dans une aventure humaine, celle de sa vie, celle de la nôtre, celle que nous connaissons tous et dont nous sommes imprégnés.

L'œuvre de l'artiste témoigne ainsi d'une grande contemporanéité. Subtile et complexe à la fois, son œuvre multiplie les représentations d'écosystèmes humains et physiques. Dans la série “Violence conjugale”, il y a cette sensation d'un travail sur soi. D'un art grâce auquel on répare et guérit. De la même manière que l'enfant crée et organise son monde par le dessin, Ene observe et déconstruit le notre pour nous amener à le ressentir et à le penser.

Par le dessin, l'artiste instaure une « présence » et met le spectateur face à ses images les plus enfouies. L'œuvre d'Ene Jakobi donne raison à la philosophe Susanne Langer pour qui l'art et sa symbolisation constituent l'acte essentiel de l'esprit. L'art englobe la pensée, la précède et la rend possible.

Texte: Camille Sauer